Au fond, la vraie question à se poser est la suivante : Que sommes-nous les uns pour les autres ?

 
Les uns pratiquent la musique comme un loisir, les autres en ont fait leur métier.
 

Ces deux modes d’être dans le monde musical sont-ils nécessairement étrangers l’un à l’autre ? Qu’avons-nous de commun, que pouvons-nous nous apporter mutuellement ? Milieu professionnel et milieu amateur se définissent et s’apprécient l’un en fonction de l’autre. C’est une évidence, l’un étant le miroir de l’autre. Derrière ce miroir, il y a des mains tendues et des mains à tendre et beaucoup de choses à se dire. Au fond, la vraie question à se poser est la suivante : Que sommes-nous les uns pour les autres ? Enfant, nous avons appris la musique avec des personnes dévouées, généreuses et passionnées appartenant au milieu amateur. Nous avons été très nombreux à emprunter ce chemin qui, après des années d’efforts, nous conduit sur la voie de l’excellence. Nous parvenons à vivre notre passion, ce qui est un véritable « don de Dieu » pour les enfants issus de milieux modestes, voire pauvres, l’exemple le plus célèbre, en la matière, étant celui de Maurice André. Marche par marche, cycle par cycle, nous entrons dans cette spirale qui nous amène dans ce monde dit « professionnel », exigeant, au sein duquel l’erreur n’est plus permise. Nous devons revenir à la source pour permettre aux jeunes et moins jeunes de profiter de notre expérience. Cet acte de gratitude est la moindre des choses à accomplir. Soyons de plus en plus nombreux dans le monde professionnel à tendre la main aux amateurs de musique. Ce geste symbolique doit, bien sûr, s’opérer dans les deux sens. Au milieu amateur de saisir cette main tendue pour que l’on se mette à la portée de chaque musicien, quel que soit son niveau, pour travailler avec amour et exigence, dans un esprit résolument collectif et constructif, ce qui produit des résultats très intéressants. Nous devons nous porter de plus en plus vers nos petites sociétés et ces écoles de musique nichées dans nos villages, véritables viviers de musiciens, et nous investir davantage pour contribuer à leur essor. Il nous faut chausser nos bottes de sept lieues, aller à la rencontre de ces musiciens, trop souvent isolés, le goût de jouer ensemble. Si ces petites sociétés font des répétitions, n’est ce pas pour offrir de la musique à leur public ? Car elles en ont un. Ces traditions populaires constituent une richesse à défendre, pour contribuer à animer la vie locale, mais aussi, pour repérer les talents de demain. Il y a tellement de choses à faire ensemble ! Évitons la dispersion, rassemblons nos forces ! Accordons-nous sur le diapason de l’amitié pour vivre ensemble d’heureux moments de musique.

 

Propos de Guy Dangain,

clarinettiste de renommée internationale